Causes de la présence d’une tension entre le neutre et la terre et méthodes de diagnostic
La mesure d’une tension électrique entre le conducteur neutre (Neutral) et le conducteur de terre (Earth ou PE) est un phénomène auquel les électriciens et les particuliers peuvent être confrontés lors du contrôle d’une installation électrique. La valeur mesurée peut n’être que de quelques volts, mais elle peut parfois atteindre plusieurs dizaines de volts.
Cela
signifie-t-il toujours qu’il existe une panne dangereuse ? Quelles sont les
causes de cette tension ? Et comment identifier correctement et en toute
sécurité l’origine du problème ?
Quelle est la différence entre le neutre et la terre ?
Le neutre et
la terre remplissent chacun une fonction différente dans une installation
électrique :
- Le neutre est le
conducteur qui assure le retour du courant vers la source d’alimentation.
Il peut donc être parcouru par un courant pendant le fonctionnement normal
des appareils.
- La terre est un
conducteur de protection qui ne doit normalement pas être parcouru en
permanence par un courant. Elle sert à évacuer les courants de défaut et à
protéger les personnes contre les risques d’électrocution.
Dans de
nombreux systèmes de mise à la terre, le neutre est relié à la terre en un
point précis de la source d’alimentation ou à l’endroit autorisé par le type de
régime de neutre utilisé. Cependant, le conducteur neutre doit rester séparé du
conducteur de protection dans les circuits situés en aval du point de liaison
autorisé.
La présence d’une tension entre le neutre et la terre est-elle normale ?
Dans une
installation en bon état, la tension entre le neutre et la terre est
généralement faible. Une petite différence de potentiel peut apparaître lorsque
des charges électriques fonctionnent, car le passage du courant dans le
conducteur neutre provoque une chute de tension due à la résistance du câble et
des connexions.
En revanche,
une valeur relativement élevée, pouvant atteindre plusieurs dizaines de volts,
nécessite un contrôle. Cette tension peut être provoquée par un véritable
défaut du neutre ou de la mise à la terre, mais elle peut également
correspondre à une tension fantôme incapable de fournir un courant
significatif.
Il ne faut pas
se fier à une seule mesure. Il est nécessaire de comparer les tensions entre la
phase, le neutre et la terre, puis d’observer leur évolution lors de la mise en
marche des charges électriques.
Principales causes d’une tension élevée entre le neutre et la terre
1. Mauvais contact ou desserrage du neutre
Un mauvais
raccordement du neutre constitue l’une des causes les plus fréquentes. Le
conducteur peut être :
- Desserré dans le tableau électrique.
- Oxydé ou brûlé au niveau d’une connexion.
- Partiellement sectionné dans une boîte de
dérivation.
- D’une section insuffisante par rapport au
courant qui le traverse.
- Endommagé au niveau du compteur ou de
l’arrivée électrique.
Lorsque la
résistance du neutre augmente, le passage du courant provoque une chute de
tension importante. Plus la charge électrique est élevée, plus la différence de
potentiel entre le neutre et la terre peut augmenter.
Une
augmentation de la tension N–PE lors de la mise en marche d’un appareil
puissant, comme un chauffe-eau, un four ou un climatiseur, suivie d’une
diminution lorsque les charges sont déconnectées, peut indiquer ce type de
défaut.
2. Coupure du conducteur de terre ou terre flottante
Le conducteur
de terre peut être présent dans la prise sans être réellement raccordé à la
barrette principale de terre ou à l’électrode de mise à la terre. Dans ce cas,
il devient flottant, c’est-à-dire qu’il ne possède plus de référence électrique
stable.
Un conducteur
flottant peut capter une tension par induction depuis les câbles voisins ou par
l’intermédiaire des condensateurs présents dans les appareils électroniques. Un
multimètre numérique peut alors afficher des valeurs variables.
Il faut
vérifier la continuité du conducteur de protection jusqu’à la borne principale
de terre. La simple présence d’un fil vert et jaune dans la prise ne garantit
pas que la mise à la terre est fonctionnelle.
3. Tension fantôme ou tension induite
Les
multimètres numériques modernes possèdent généralement une impédance interne
élevée. Ils peuvent donc détecter une tension produite par un couplage
capacitif entre un conducteur sous tension et un conducteur déconnecté ou
flottant.
Ce phénomène
est appelé :
- Tension fantôme.
- Tension induite.
- Ghost Voltage ou Phantom Voltage.
Des valeurs de
20, 50 ou même 80 volts peuvent apparaître. Toutefois, elles s’effondrent
généralement lorsqu’une petite charge est connectée ou lorsqu’un appareil de
mesure à faible impédance est utilisé.
La société
Fluke explique que des conducteurs non alimentés passant à proximité de
conducteurs sous tension peuvent capter une tension fantôme. Le mode de mesure
à faible impédance LoZ permet d’écarter ce type de fausse lecture.
4. Courant de fuite provenant d’un appareil
Une tension
élevée peut être causée par une fuite électrique provenant d’un appareil,
notamment en raison de :
- La dégradation de l’isolation d’un moteur ou
d’un compresseur.
- L’endommagement d’un conducteur interne.
- La présence d’humidité.
- La détérioration d’une résistance
chauffante.
- Un défaut du filtre antiparasite EMI.
- Des condensateurs raccordés entre les
conducteurs d’alimentation et la terre.
De nombreux
équipements, comme les ordinateurs, les climatiseurs, les machines à laver et
les alimentations électroniques, contiennent de petits condensateurs reliés à
la terre afin de réduire les perturbations électromagnétiques.
Lorsque la
mise à la terre est correcte, les faibles courants de fuite sont évacués sans
élever dangereusement le potentiel de la carcasse métallique. En revanche, si
la terre est coupée ou présente une résistance élevée, une tension peut
apparaître sur le châssis de l’appareil ou sur le conducteur de protection.
5. Liaison incorrecte entre le neutre et la terre
Une erreur
fréquente consiste à installer un pont entre le neutre et la terre dans une
prise ou dans un tableau secondaire afin de supprimer la tension mesurée.
Cette
intervention est dangereuse, car elle peut faire circuler une partie du courant
de fonctionnement dans le conducteur de protection et dans les parties
métalliques des équipements. Elle peut également perturber le fonctionnement
des dispositifs différentiels et augmenter le risque d’électrocution en cas de
coupure du neutre.
Le neutre ne
doit pas être relié arbitrairement à la terre en aval du tableau principal.
L’emplacement de cette liaison dépend du régime de neutre et de la conception
de l’installation. Les recommandations de Schneider Electric confirment qu’il
ne faut pas créer de pont entre le neutre et la terre après le point principal
de liaison autorisé.
6. Présence d’une source d’alimentation de secours ou indépendante
Une tension
entre le neutre et la terre peut apparaître lors de l’utilisation de :
- Un groupe électrogène.
- Un onduleur UPS.
- Un onduleur solaire.
- Un transformateur d’isolement.
- Des batteries associées à un convertisseur.
- Un système d’alimentation fonctionnant en
mode îloté.
Certaines de
ces sources possèdent une sortie flottante, dans laquelle le neutre n’est pas
relié à la terre pendant le fonctionnement autonome. Les tensions peuvent alors
se répartir entre les conducteurs et la terre sous l’effet des condensateurs
internes et des circuits de filtrage.
Il est donc
nécessaire de connaître la méthode de mise à la terre de la source de secours
ainsi que la manière dont le neutre est commuté lors du passage du réseau vers
le groupe électrogène ou l’onduleur. Une solution générale ne peut pas être
appliquée à tous les systèmes.
7. Résistance élevée de l’installation de mise à la terre
Le problème
peut provenir de l’installation de mise à la terre elle-même, par exemple :
- Une électrode de terre corrodée.
- Un sol sec présentant une résistivité
élevée.
- Un conducteur principal de terre desserré.
- Un câble coupé entre le tableau et
l’électrode de terre.
- Un conducteur de section insuffisante.
- Plusieurs électrodes non interconnectées
correctement.
Dans un régime
de neutre TT, des différences de potentiel peuvent apparaître entre des prises
de terre distinctes, notamment lorsqu’un courant de défaut circule ou lorsque
leurs résistances sont différentes.
La résistance
de la prise de terre ne se mesure pas avec un multimètre ordinaire. Elle
nécessite un appareil spécialisé et une méthode adaptée à l’installation.
8. Neutre commun ou charges déséquilibrées
Dans les
bâtiments alimentés en triphasé, les appartements ou les différents circuits
peuvent être répartis entre les phases tout en utilisant un point neutre
commun.
Si ce neutre
commun devient desserré ou présente une résistance élevée, ou si les charges
sont fortement déséquilibrées, le potentiel du point neutre peut se déplacer.
Des tensions anormales peuvent alors apparaître entre le neutre et la terre. La
tension peut également augmenter dans certains circuits et diminuer dans
d’autres.
Ce type de
panne est particulièrement important et dangereux, car il peut endommager les
appareils électroniques et ne se limite pas nécessairement à un seul circuit.
9. Courants harmoniques dans le neutre
Certaines
charges électroniques, comme les alimentations, les ordinateurs, les lampes LED
et les variateurs de vitesse, produisent des courants non sinusoïdaux contenant
des harmoniques.
Dans les
installations comportant un grand nombre de ces charges, le courant circulant
dans le neutre peut augmenter. Cela peut accentuer la chute de tension entre le
neutre et la terre, en particulier si la section du conducteur est insuffisante
ou si ses connexions sont défectueuses.
10. Erreur de câblage
Le conducteur
considéré comme une terre peut être raccordé incorrectement, par exemple :
- Il peut être relié au neutre d’un autre
circuit.
- Il peut être utilisé comme retour d’un
interrupteur.
- Le neutre et la terre peuvent être inversés
dans une prise.
- Deux circuits alimentés par des sources
différentes peuvent être reliés.
- La fonction du conducteur peut avoir été
déterminée uniquement à partir de sa couleur.
Il ne faut
jamais identifier la fonction d’un conducteur uniquement d’après sa couleur.
Son parcours doit être contrôlé et sa continuité doit être testée après la
coupure de l’alimentation et la vérification de l’absence de tension.
11. Défaut du neutre du réseau de distribution
Lorsque le
problème est présent dans tous les circuits d’une habitation ou dans plusieurs
logements d’un même bâtiment, le défaut peut se situer à l’extérieur de
l’installation intérieure, par exemple :
- Un neutre défectueux appartenant au
distributeur d’électricité.
- Un problème dans un coffret de raccordement
extérieur.
- Un câble d’alimentation endommagé.
- Un point neutre brûlé.
- Un défaut du transformateur de distribution
ou de ses connexions.
Dans ce cas,
les appareils sensibles doivent être déconnectés et le service compétent doit
être averti, notamment lorsque la tension entre la phase et le neutre varie
fortement.
Mesures essentielles pour identifier l’origine du problème
Trois mesures
doivent être effectuées et comparées :
- Tension entre la phase et le neutre : L–N.
- Tension entre la phase et la terre : L–PE.
- Tension entre le neutre et la terre : N–PE.
Interprétation préliminaire des résultats
Si les
tensions L–N et L–PE sont normales, mais que la tension N–PE est élevée, il
faut vérifier la résistance du neutre, la continuité de la terre et écarter la
possibilité d’une tension fantôme.
Si la tension
L–N est normale, tandis que la tension L–PE est faible ou instable, le
conducteur de terre ou sa référence présente probablement un défaut.
Si la tension
L–PE est normale, tandis que la tension L–N est faible ou variable, le neutre
peut être défectueux ou partiellement coupé.
Si la tension
N–PE augmente nettement lors de la mise en marche des charges, cela peut
indiquer une résistance élevée du neutre ou la circulation d’un courant anormal
dans le conducteur de protection.
Si la tension
N–PE disparaît lors de l’utilisation du mode LoZ ou d’un testeur bipolaire, la
première valeur mesurée correspondait probablement à une tension fantôme.
Étapes d’un diagnostic professionnel
La procédure
suivante peut être appliquée :
- Contrôler l’appareil de mesure et vérifier
l’état des pointes de touche.
- Mesurer les tensions L–N, L–PE et N–PE à
l’arrivée de l’installation.
- Répéter les mesures dans le tableau
électrique et au niveau du circuit concerné.
- Comparer les valeurs à vide et sous charge.
- Utiliser un appareil doté du mode LoZ ou un
testeur bipolaire afin d’écarter une tension fantôme.
- Couper l’alimentation et contrôler la
continuité du conducteur de protection.
- Vérifier et resserrer les connexions du
neutre après avoir coupé l’électricité.
- Mesurer la résistance d’isolement des
appareils et des circuits lorsqu’un courant de fuite est suspecté.
- Tester correctement le dispositif
différentiel RCD.
- Mesurer la résistance de la prise de terre
avec un appareil spécialisé.
- Vérifier l’absence de liaison non autorisée
entre le neutre et la terre.
- Contrôler la méthode de mise à la terre du
groupe électrogène, de l’onduleur ou de l’UPS, lorsqu’un tel équipement
est présent.
Précautions de sécurité
Toute tension
élevée mesurée entre le neutre et la terre doit être considérée comme
potentiellement dangereuse jusqu’à ce que son origine soit déterminée.
Il ne faut
jamais :
- Toucher le neutre en le considérant comme un
conducteur sans danger.
- Utiliser la terre à la place du neutre.
- Installer un pont entre le neutre et la
terre dans une prise.
- Resserrer des connexions lorsque
l’installation est sous tension.
- Effectuer un test de continuité sur un
circuit alimenté.
- Faire fonctionner un appareil doté d’une
carcasse métallique lorsque la fiabilité de la mise à la terre n’est pas
confirmée.
- Se fier uniquement à un tournevis testeur de
phase pour établir le diagnostic.
Le conducteur
de protection doit être relié à la borne principale de terre de l’installation,
elle-même raccordée au système de mise à la terre conformément au régime de
neutre utilisé.
Conclusion
La présence
d’une tension entre le neutre et la terre ne possède pas une cause unique. Elle
peut résulter d’une faible chute de tension normale dans le conducteur neutre,
d’un neutre présentant une résistance élevée, d’une terre coupée, d’une tension
fantôme, d’un courant de fuite, d’une liaison incorrecte, d’une source
d’alimentation flottante ou encore d’un défaut du réseau de distribution.
Un diagnostic
correct ne repose pas uniquement sur la valeur N–PE. Il nécessite de comparer
les trois mesures, d’observer leur évolution sous charge et de vérifier la
continuité de la terre, l’état du neutre et le fonctionnement du système de
protection différentielle.
La règle la
plus importante consiste à ne jamais tenter de supprimer cette tension en
reliant localement le neutre à la terre. Une telle intervention peut masquer le
véritable défaut et transformer le conducteur de protection en chemin pour le
courant de fonctionnement, ce qui augmente considérablement le risque
d’électrocution.

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