Installation des climatiseurs : deux erreurs dangereuses souvent banalisées

Avec l’arrivée des fortes chaleurs, l’installation des climatiseurs se multiplie dans les logements, les commerces et les bureaux. Dans beaucoup de cas, le client choisit l’appareil, appelle un installateur et considère que le travail est terminé dès que le climatiseur produit de l’air froid.

Pourtant, faire fonctionner un climatiseur pendant quelques minutes ne signifie pas que l’installation est techniquement correcte ni qu’elle restera sûre dans le temps.

Deux erreurs sont particulièrement fréquentes :

  • le perçage non contrôlé des murs en béton armé ;

  • l’ajout anarchique de charges de climatisation sur une installation électrique existante.

Ces deux problèmes appartiennent à des domaines différents, mais ils ont un point commun : leurs conséquences peuvent apparaître longtemps après le départ de l’installateur.



Installer un climatiseur ne consiste pas seulement à raccorder des tubes

L’installation d’un climatiseur split nécessite généralement le passage de plusieurs éléments entre l’unité intérieure et l’unité extérieure :

  • les tubes frigorifiques ;

  • le câble d’interconnexion ;

  • le câble d’alimentation, selon la conception de l’appareil ;

  • le tuyau d’évacuation des condensats.

Pour faire passer cet ensemble, l’installateur réalise une ouverture dans le mur. Cette opération paraît simple, mais elle peut devenir problématique lorsque le mur est en béton armé ou lorsqu’il contient des réseaux électriques et des canalisations.

Par ailleurs, l’appareil doit recevoir une alimentation électrique adaptée. Il ne suffit donc pas de trouver une prise proche et de vérifier que le climatiseur démarre.

Première erreur : percer le béton armé sans contrôle

Le béton armé est composé de béton et de barres d’acier disposées selon un plan de ferraillage. Le mur n’est donc pas entièrement rempli de fer : il existe des espaces entre les armatures dans lesquels une ouverture peut parfois être réalisée.

Toutefois, l’emplacement de ces espaces ne doit pas être deviné au hasard.

Avant de percer, il faut d’abord déterminer la nature du support. Un mur de remplissage en brique ou en parpaing n’a pas la même fonction qu’un voile en béton armé, un poteau, une poutre ou un autre élément porteur.

Cette distinction est essentielle. Le perçage d’un mur de remplissage est généralement moins critique que celui d’un élément participant à la stabilité du bâtiment.

Comment localiser les armatures ?

La bonne pratique consiste à utiliser un détecteur adapté au béton, souvent appelé scanner à béton, détecteur d’armatures ou ferroscan.

Ce type d’appareil peut servir à localiser les barres métalliques, à estimer leur profondeur et, selon le matériel utilisé, à obtenir des informations sur leur diamètre. Les systèmes de détection professionnels sont justement conçus pour repérer les armatures avant les travaux de forage ou de carottage.

Le contrôle doit être effectué dans les deux directions, horizontalement et verticalement. Il ne suffit pas de vérifier uniquement le centre prévu de l’ouverture : toute la surface correspondant au diamètre du trou doit être libre.

Il faut également rechercher :

  • les câbles électriques encastrés ;

  • les gaines ;

  • les conduites d’eau ;

  • les autres réseaux éventuellement présents dans le mur.

Percer à proximité d’un tableau électrique, d’une prise ou d’un interrupteur sans vérifier le passage des gaines peut provoquer une électrocution, un court-circuit ou une détérioration invisible de l’isolant.

Une carotteuse peut couper le fer, mais cela ne signifie pas qu’il faut le couper

Les machines de carottage diamanté peuvent traverser le béton et couper une barre d’armature. Cette capacité technique donne parfois une fausse impression de sécurité : puisque la machine continue à avancer, certains considèrent que l’opération est acceptable.

Or, la question n’est pas de savoir si la machine peut couper l’acier, mais si l’armature peut être supprimée sans affecter la résistance de l’ouvrage.

Lorsqu’une barre est rencontrée, la bonne réaction consiste généralement à arrêter le forage, à vérifier la situation et, si possible, à déplacer l’ouverture. Les procédures professionnelles de forage prévoient des mesures destinées à éviter les armatures existantes. Lorsqu’une armature est rencontrée ou endommagée, la consultation de l’ingénieur responsable de la structure peut devenir nécessaire.

Il ne faut donc jamais couper volontairement une armature d’un poteau, d’une poutre ou d’un voile porteur sur la seule décision de l’installateur du climatiseur.

Deuxième erreur : alimenter le climatiseur depuis le premier circuit disponible

Une autre erreur très courante consiste à raccorder le climatiseur à la prise la plus proche, sans vérifier la section des conducteurs, la protection du circuit ni les autres appareils déjà alimentés par la même ligne.

Le climatiseur peut démarrer et fonctionner normalement pendant l’essai. Pourtant, après plusieurs heures, les conducteurs ou les connexions peuvent commencer à chauffer.

Le risque devient encore plus important lorsque le même circuit alimente simultanément plusieurs appareils : réfrigérateur, prises de courant, éclairage, chauffe-eau ou appareils de cuisine.

Un essai de quelques minutes ne permet pas de détecter tous ces problèmes. L’échauffement dépend notamment de l’intensité, de la durée de fonctionnement, de la section des conducteurs, de leur mode de pose, de la température ambiante et de la qualité des raccordements.

Il faut commencer par lire la plaque signalétique

Avant de choisir le câble et le disjoncteur, il faut consulter la plaque signalétique de l’appareil ainsi que la documentation du fabricant.

On peut notamment y trouver :

  • la tension d’alimentation ;

  • la puissance électrique absorbée ;

  • l’intensité nominale ;

  • l’intensité maximale ;

  • les caractéristiques de protection recommandées ;

  • les exigences relatives au câblage et à la mise à la terre.

La capacité frigorifique, souvent exprimée en BTU/h, indique la puissance de refroidissement. Elle ne doit pas être confondue avec la puissance électrique consommée.

Deux climatiseurs ayant une capacité frigorifique proche peuvent présenter des caractéristiques électriques différentes. Il est donc incorrect de choisir automatiquement un disjoncteur ou une section de câble uniquement à partir du nombre de BTU.

Pourquoi un circuit dédié est-il préférable ?

Lorsque le constructeur le demande, le climatiseur doit être alimenté par un circuit dédié depuis le tableau électrique. Ce circuit comprend des conducteurs correctement dimensionnés et une protection adaptée à l’appareil et au câble.

Les notices des fabricants insistent notamment sur l’utilisation d’un circuit approprié, la mise à la terre et l’installation d’une protection différentielle. Une installation incorrecte peut entraîner une électrocution, un échauffement ou un incendie.

Le circuit dédié présente plusieurs avantages :

  • il évite de surcharger un circuit de prises existant ;

  • il facilite la maintenance et la consignation ;

  • il permet d’adapter correctement la protection au climatiseur ;

  • il réduit les risques de mauvais contacts dans les prises et les rallonges ;

  • il facilite l’identification du départ dans le tableau.

Un climatiseur fixe ne devrait pas être alimenté en permanence au moyen d’une rallonge légère, d’une multiprise ou d’un raccordement improvisé.

La section du câble ne se choisit pas par habitude

On entend souvent des affirmations comme : « Mettez du 2,5 mm², cela suffit » ou « Installez un disjoncteur de 20 A ».

Ces réponses sont incomplètes tant que les conditions de l’installation ne sont pas connues.

Le dimensionnement des conducteurs dépend notamment :

  • du courant absorbé ;

  • de la longueur du circuit ;

  • du matériau du conducteur ;

  • du mode de pose ;

  • du nombre de conducteurs chargés ;

  • de la température ambiante ;

  • de la chute de tension admissible ;

  • du dispositif de protection utilisé.

La chute de tension doit également être contrôlée. Une ligne trop longue ou sous-dimensionnée peut fournir une tension insuffisante aux bornes de l’appareil, perturber son fonctionnement et augmenter les pertes. Les guides de conception des installations basse tension prévoient donc une vérification de la chute de tension lors du dimensionnement des conducteurs.

Le disjoncteur protège d’abord le circuit

Le disjoncteur ne doit pas être choisi uniquement pour empêcher les coupures gênantes. Sa fonction est notamment de protéger le circuit contre les surcharges et les courts-circuits.

Lorsqu’un disjoncteur déclenche régulièrement, il faut rechercher la cause :

  • surcharge du circuit ;

  • câble sous-dimensionné ;

  • mauvais raccordement ;

  • défaut d’isolement ;

  • appareil défectueux ;

  • protection mal choisie ;

  • problème de tension ou d’alimentation.

Remplacer directement un disjoncteur de faible calibre par un modèle plus puissant peut être très dangereux. Si le câble n’est pas capable de supporter le nouveau courant, le disjoncteur risque de ne plus le protéger correctement.

Le déclenchement disparaît peut-être, mais l’échauffement reste présent dans les conducteurs. En d’autres termes, on supprime le signal d’alarme sans supprimer le danger.

Troisième problème : ajouter plusieurs climatiseurs sans bilan de puissance

Même lorsque chaque climatiseur dispose de son propre circuit, il reste nécessaire d’évaluer l’installation dans son ensemble.

Dans de nombreux logements, les appareils sont ajoutés progressivement :

  • un premier climatiseur dans le salon ;

  • un deuxième dans une chambre ;

  • un troisième dans une autre pièce ;

  • puis éventuellement d’autres appareils électriques puissants.

Chaque circuit peut sembler correct lorsqu’il est examiné séparément. Cependant, la somme des charges peut dépasser les capacités :

  • du compteur ;

  • du disjoncteur principal ;

  • du câble d’alimentation général ;

  • du tableau électrique ;

  • des répartiteurs et jeux de barres ;

  • de l’abonnement ou de la puissance disponible.

Avant d’ajouter de nouvelles charges, il faut donc établir un bilan de puissance et estimer la demande maximale susceptible d’être imposée à l’alimentation.

La simultanéité doit être évaluée avec prudence

Dans une installation électrique, tous les appareils ne fonctionnent pas nécessairement en même temps ni toujours à leur puissance maximale. C’est pourquoi les études utilisent des facteurs d’utilisation et de simultanéité.

Cependant, ces facteurs ne doivent pas être choisis arbitrairement pour obtenir un résultat plus faible.

Pendant une période de forte chaleur, plusieurs climatiseurs peuvent fonctionner simultanément pendant de longues durées. Il faut donc étudier le comportement réel du bâtiment et ne pas supposer automatiquement qu’un seul appareil fonctionnera à la fois.

Les guides de conception rappellent que la détermination du facteur de simultanéité relève du concepteur et nécessite une connaissance précise de l’installation et de ses conditions d’exploitation. Ils traitent également le chauffage et la climatisation comme des charges pouvant demander une attention particulière dans l’estimation de la puissance maximale.

Les signes d’une installation surchargée

Plusieurs symptômes doivent alerter l’utilisateur :

  • déclenchements fréquents du disjoncteur principal ;

  • baisse importante de la tension lors du démarrage des appareils ;

  • éclairage qui faiblit ;

  • prises ou conducteurs anormalement chauds ;

  • odeur de plastique chauffé ;

  • traces brunes autour des connexions ;

  • bourdonnement inhabituel dans le tableau ;

  • climatiseurs qui s’arrêtent ou affichent des défauts ;

  • connexions qui se détériorent régulièrement.

Ces symptômes ne doivent pas être considérés comme normaux. Une installation électrique ne doit pas fonctionner en permanence à la limite de ses capacités.

Une installation correcte nécessite plusieurs compétences

Le montage d’un climatiseur touche à plusieurs domaines.

Le frigoriste intervient notamment sur :

  • les tubes frigorifiques ;

  • l’étanchéité ;

  • le tirage au vide ;

  • le fluide frigorigène ;

  • l’évacuation des condensats ;

  • la mise en service de l’appareil.

L’électricien intervient sur :

  • le bilan de puissance ;

  • le dimensionnement des conducteurs ;

  • le choix des protections ;

  • la chute de tension ;

  • la mise à la terre ;

  • la protection différentielle ;

  • la vérification du tableau et de l’alimentation générale.

Enfin, lorsqu’il faut percer un poteau, une poutre, un voile porteur ou un autre élément structurel, l’avis d’un ingénieur en génie civil peut être nécessaire.

Le fait qu’une personne sache installer les tubes frigorifiques ne signifie pas automatiquement qu’elle est qualifiée pour modifier une structure en béton armé ou dimensionner toute l’installation électrique du bâtiment.

Vérifications à effectuer avant l’installation

Avant d’autoriser les travaux, il est utile de poser quelques questions simples :

  1. Le mur est-il porteur ou s’agit-il d’un simple mur de remplissage ?

  2. Les armatures, câbles et canalisations ont-ils été détectés avant le perçage ?

  3. L’ouverture risque-t-elle de toucher un poteau, une poutre ou un voile structurel ?

  4. Les caractéristiques électriques ont-elles été relevées sur la plaque de l’appareil ?

  5. Le climatiseur disposera-t-il d’un circuit adapté ou dédié ?

  6. La section des conducteurs a-t-elle été calculée en tenant compte de la longueur et du mode de pose ?

  7. Le disjoncteur protège-t-il correctement les conducteurs ?

  8. La mise à la terre et la protection différentielle sont-elles présentes et fonctionnelles ?

  9. Le tableau et l’alimentation générale peuvent-ils supporter les nouveaux climatiseurs ?

  10. Un bilan de puissance a-t-il été réalisé avant l’ajout de plusieurs appareils ?

Ce qu’il faut retenir

Une installation de climatisation ne peut pas être jugée uniquement par la quantité d’air froid produite au moment de la mise en service.

Sur le plan mécanique et structurel, il faut éviter tout perçage aveugle dans le béton armé. Les armatures et les réseaux encastrés doivent être localisés, et aucune barre structurelle ne doit être coupée sans validation appropriée.

Sur le plan électrique, chaque climatiseur doit être alimenté par un circuit correctement étudié, avec des conducteurs, un disjoncteur, une mise à la terre et une protection différentielle adaptés.

Enfin, lorsqu’on ajoute plusieurs climatiseurs, il faut examiner l’installation complète. La puissance du compteur, le disjoncteur principal, le câble général et le tableau électrique ne deviennent pas plus puissants simplement parce qu’on leur raccorde de nouveaux appareils.


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